Par-delà la problématique identitaire (judéité de l'écrivain), et l'aspect visionnaire de cette œuvre, la condamnation de K. est un témoignage universel et contemporain de notre condition humaine.
Son style est unique. Tragique et burlesque se côtoient en permanence. L'univers de Kafka tire son salut de l'humour. Ce monde évolue dans un autre espace-temps où la logique des évènements s'enchaîne comme une machinerie infernale. « Le Procès et Le Château se passent à l'intérieur d'une même vie psychique ».¹
Entre la culpabilité de Joseph K. dans Le Procès, et l'innocence du jeune Karl Rossmann dans L'Amérique, il y a un état intermédiaire : celui de K. dans Le Château. « Mais de ce monde autre, nous ne savons dire avec certitude s'il est bon ou mauvais, céleste ou infernal ».¹
Dans cette impuissance du cauchemar, tout est trouble et ambigu, comme les rouages administratifs à la sexualité latente. La scène renvoie toujours à l'obscène : c'est une exploration infernale d'Œdipe. Un pouvoir occulte semble toujours se dérober, en usant de toutes les métamorphoses ; « quelque chose qui évoque l'invisible oppression du monde moderne, dans un glissement du sacré et une survivance déguisée des anciennes hiérarchies ».²
No man's land entre passé et futur, cet ailleurs pourtant si proche est la terra incognita de nos angoisses les plus profondes : « celles qui se déroulent silencieusement dans le creux de la nuit du moi et du monde ».³
¹ Roberto Calasso. K. 2005. ² Marthe Robert. L'Ancien et le nouveau. 1963.
³ Ersnt Pawel. Franz Kafka ou le cauchemar de la raison. 1988.
Tout est passage. La porte est le nœud gordien, l'objet central de cet imaginaire. En plus de la transformation permanente de chaque comédien, le décor mobile évolue constamment sur scène. Constitué de différentes portes et ouvertures, c'est la présence obsédante de cette forteresse de l'oppression. Et dans le mouvement de cette lutte, décor et personnages se déclinent sous toutes les faces, jusqu'au vertige de l'illusion, révélant peut-être la vérité de ce mécanisme.
Un piano est présent sur scène, ainsi qu'une projection vidéo sur le décor. Ces éléments permettent de jouer des distorsions et de prolonger l'espace de cette introspection.
Kafka, c'est le noir et blanc du cinéma des origines et de l'expressionnisme. Le découpage de la lumière traduit cette terreur sourde et envahissante de l'obscurité.