Le Macbett de Ionesco revisite l'œuvre de Shakespeare d'une manière à la fois fidèle et totalement libre. Parodie fidèle, car la même dimension tragique s'en dégage au final. Mais l'art de Ionesco s'enrichit d'un humour décapant et d'une modernité qui résonnent encore aujourd'hui avec force. Cet humour décalé n'est d'ailleurs pas sans rappeler l'ironie mordante des Monty Python. Ce qui est en jeu c'est la corruption de l'être au contact du pouvoir, sa grinçante et risible métamorphose en prédateur. Avec cette farce tragique, l'auteur passe au crible l'absurdité, le dérisoire et la violence des ambitions humaines liées au pouvoir.
Tous les protagonistes de cette histoire sont contaminés par une soif de conquête démesurée. Ionesco pousse jusqu'à l'implosion le dérèglement initial des personnages shakespeariens. Et on assiste à un engrenage grotesque, pathétique et troublant. Dans cette mascarade, l'homme est un pantin. L'écriture de Ionesco est à la fois profonde et burlesque. Tous les genres théâtraux s'y côtoient dans une distorsion permanente : tragédie, grand guignol, farce, vaudeville, opérette...
On y retrouve tous les arguments de la tragédie shakespearienne : meurtres, complots, manipulations, trahisons, désirs monstrueux. Mais les décalages constants, la démesure et l'anachronisme appuyés révèlent encore davantage la permanence et la puissance de ces thèmes. Pouvoir tyrannique, rébellion, meurtres politiques et massacres guerriers sont les bégaiements absurdes de l'Histoire. Dans cette pièce, le sang appelle le sang et ce mouvement se transforme rapidement en un déluge, une spirale d'exécutions. Ce pouvoir rejoint tous les absolutismes, tous les fonctionnements totalitaires, autocratiques et mafieux, et ce modèle ancestral semble ne jamais devoir s'arrêter, mais au contraire s'accélérer ou se sophistiquer au fil du temps. Cette jonction entre tous les âges d'une lutte sauvage et folle de l'humanité avec elle-même, l'universalité du thème et la férocité de cette écriture, en font une matière extrêmement vivante et percutante.